
PRÉSENTATION
LA PSYCHANALYSE
« C’est du processus lui-même que se dégagent les buts d’une psychanalyse. » J. Laplanche
Par un acte de parole, par une mise en récit, le sujet va progressivement appréhender différemment son histoire, se libérer des obstacles l’empêchant de vivre pleinement son existence, et accéder à une vérité qui lui est propre. Cette transformation existentielle du sujet, qui gagne en liberté et s’affranchit des causes de sa souffrance, est l’apport principal de la psychanalyse et de l’analyse existentielle.
Ce mode de narration, parole ouverte sur toutes les occurrences du discours, n’est pas un récit ordinaire : il constitue un événement psychique. Il laisse émerger l’imprévu, l’inattendu. Il va permettre de reconstruire (ce qui ne signifie pas se souvenir) les événements formateurs de l’existence du sujet. Au cours de ce travail sur le récit, va se manifester une dynamique narrative qui ne cesse de transformer, déplacer, modifier les représentations et les pensées du sujet : dans cette dynamique, s’expose et s’exprime ce qui affecte le sujet et qui lui échappe. Les récits, qui se recoupent, se complètent ou se contredisent, vont produire des effets de vérité.
L’analyste dans son écoute est attentif à la succession des récits, à ce qui les rapproche comme à ce qui les oppose. Il en repère les variations, les écarts. Il entend les hésitations, les intonations, les silences, les pertes et les manques. Il est attentif aux achoppements, aux répétitions, aux équivocités du discours. Il va aider à ce que s’établissent des liens entre affects et représentations, au fur et à mesure de la narration, dans laquelle quelque chose se projette et se cache tout à la fois.
Cette narration se déploie à travers la problématique du transfert, dont elle est indissociable dans sa possibilité même. Ainsi que l’énonce Lacan, ce n’est pas « le dit » qui compte, c’est « le dire ». Or, ce dire a pour levier le transfert. L’analyste va, en quelque sorte, jouer un rôle indispensable dans la scansion du travail de narration effectué essentiellement par l’analysant. La parole du sujet et ses effets de vérité ne peuvent se saisir que dans son adresse à l’autre, elle ne peut avoir de portée que dans la présence du psychanalyste.
Toutefois, ce que l’analysant-narrateur va déployer au cours de sa narration va au-delà de la personne transférentielle de l’analyste, dans une sorte de répétition inconsciente qui témoigne aussi des limites de la narration. L’enjeu du transfert va consister à reconnaître les arcanes de cette narration, tantôt passionnée et intense, tantôt qui s’enlise et s’interrompt, et dans laquelle se rejouent des conflits, des scènes, des impasses appartenant à un passé qui met le sujet aux prises avec l’irracontable et l’indicible d’un vécu qui échappe en partie à la mise en récit.
La psychanalyse exige un certain rapport à la parole et à la vérité. Si c’est la parole du patient qui est sur le devant de la scène, l’analyste toutefois n’est pas silencieux. Il s’exprime afin de faciliter la parole de l’analysant, à des moments opportuns, circonscrits et à bon escient, dans l’objectif d’aider cette parole à advenir. La narration est sollicitée et assumée comme se déployant à partir de fragments incertains, provenant de rêves, de souvenirs, de moments vécus, d’affects ou de fantasmes, et exprimés dans une dialectique du transfert et de la résistance.
L’ANALYSE EXISTENTIELLE (DASEINANALYSE)
« C’est la relation qui soigne. » I. Yalom
Le therapein, le « prendre soin », est à l’origine, de Socrate à Diogène, Épicure et Épictète, des stoïciens aux épicuriens et aux sceptiques, une admirable définition de la sagesse. Le soin du corps d’une part, la conversation, la discipline mentale, le raisonnement, l’échange philosophique d’autre part sont des pratiques permettant d’éclairer les conflits intérieurs et les dogmes qui les nourrissent, et d’atteindre une forme d’ataraxie, d’absence de troubles (concept complexe que la psychologie et la neuro-psychiatrie ont repris à leur compte, sous des acceptions souvent fort éloignées du contexte original). Soin généreux, du proche ou de l’ami comme de l’étranger, de la cité comme de la nature, en réponse à l’inquiétude proprement humaine du « bien-vivre ».
Dans la transmission d’une manière de questionner, se fait jour une exigence intérieure qui reconduit chacun à faire pour lui-même un chemin de pensée. Les actes de pensée se réalisent par le discours et ont pour finalité une transformation du sujet, une modification de ses dispositions intérieures, de telle sorte qu’il progresse vers un accord avec lui-même et avec le monde. La philosophie, cette pratique de pensée indissociable d’une pratique de vie, est alors un therapein qui exige une modification du mode de pensée et du mode d’être, et qui n’existe qu’en actes. L’analyse existentielle telle que nous l’entendons doit beaucoup à cette praxis : le temps propre de la pensée, qui s’actualise dans la discursivité par l’usage du logos, et celui du therapein se rejoignent.
« Tout être qui souffre cherche à découvrir le sens de sa souffrance. » S. Zweig
L’analyse existentielle propose de tenir compte des apports freudiens, tout en valorisant la réflexion et la liberté de chacun afin de lui permettre de prendre conscience de son désir et d’élaborer un projet de vie qui lui corresponde. Par le maniement du dialogue notamment, selon des formes diverses, l’analyse existentielle active et renforce l’aptitude d’une personne à s’affranchir des causalités à l’origine de sa souffrance et du sentiment de la perte de sens, et à se constituer pleinement comme sujet de son désir et de son propre devenir.
L’être humain est habilité à réfléchir et à surmonter ses déterminismes, et tout sujet peut (ré)élaborer des orientations de sens, expliciter ce qu’il ressent, ce qu’il pense et adopter de nouvelles conduites. « Si le sujet est déterminé, il est aussi capable de se déterminer » (G.-E. Sarfati). L’instance de l’auto-détermination et la valeur émancipatrice de la noèsis (capacité d’auto-distanciation et d’auto-dépassement) sont stimulées au cours du processus thérapeutique. Tout sujet, en tant qu’il est capable d’interrogation et de regard lucide sur ses affects, peut être conduit à s’orienter vers un horizon de vérité au terme d’un cheminement intérieur, engagé dans le travail thérapeutique par le logos.
EN PRATIQUE
Dans la psychanalyse, le « travail » de la narration repose sur une dialectique très complexe de cette dernière et de son objet. Le flux narratif se veut le plus libre possible et suppose l’abandon de la maîtrise de la narration et de l’idéal de cohérence. Il s’éloigne des censures de la logique consciente et de la morale sociale. L’analyse est centrée sur la logique de ce régime narratif particulier et de cette « autre scène » qu’est l’inconscient. L’analyste ouvre et soutient le travail de la narration, de ce « laisser dire ». Le patient est allongé sur un divan.
L’analyse existentielle fait davantage place au dialogue et à la manière dont les sujets vont qualifier leurs affects et les élaborer cognitivement, afin de leur donner un sens. C’est une discipline de soin et d’éveil à la question de ce qui fait souffrance pour le sujet. Il y a un apprentissage toujours singulier du « parler de soi » ; le « souci de soi » (Michel Foucault) se constitue à travers des pratiques visant à procurer pouvoir sur soi et liberté. Les séances se déroulent plus volontiers en face à face.
Toutefois, il n’y a pas de règle absolue et le thérapeute pourra être amené à suggérer au patient de s’allonger sur le divan, de même que le patient pourra souhaiter faire évoluer le dispositif.
Le cadre des séances sera donc différent selon l’orientation thérapeutique et la personnalité de chaque patient, ainsi que selon qu’il est adolescent ou adulte.
LA CONSULTATION
« Une vie qui ne s’examine pas ne vaut pas complètement la peine d’être vécue. » Socrate
Nombreuses sont les raisons motivant la décision de consulter un professionnel et d’entamer une thérapie, et elles appartiennent à chacun.e.
Les premières séances viseront à déterminer la forme que prendront les consultations : consultations thérapeutiques dans le cadre d’un soutien ponctuel ; psychothérapie impliquant des séances régulières ; psychanalyse se déroulant sur une durée plus longue. Le patient abordera librement avec le thérapeute tous les questionnements qu’il souhaite et ce dialogue restera ouvert.
Les modalités pratiques du suivi thérapeutique seront abordées, parmi lesquelles :
- la fréquence des séances (une à deux séances par semaine selon l’indication la plus commune) ;
- le coût.
La durée de la thérapie
Elle peut aller de quelques mois à plusieurs années, selon qu’il s’agit d’un accompagnement ponctuel, d’une psychothérapie ou d’une psychanalyse. Sa durée pourra faire l’objet d’un dialogue du patient avec le thérapeute eu égard à l’amélioration du rapport du sujet à lui-même et à son environnement, aux évolutions dans la conduite de son existence, aux modifications de son état psychique et émotionnel. Néanmoins, le patient pourra arrêter ou suspendre la thérapie à tout moment ; il en informera le thérapeute qui écoutera ses raisons.
Toute thérapie est d’abord un engagement vis à vis de soi-même et la régularité est l’un des éléments nécessaires à son bon déroulement. Une psychanalyse demande du temps ; ce temps est une des conditions ainsi qu’une dimension essentielle de la thérapie.
